Sommaire de l'Automne
2007
p. 4 : Toile
de fond céleste
p. 6 : Dossier : S'ouvrir à la Mort
p. 6 : La vie après la mort
p. 10 : Une mort annoncée
p. 12 : Ma dernière Aventure
p. 13 : Le Grand Voyage
p. 14 : Mourir
p. 16 : Le Grand Voyage (suite)
p. 18 : Dossier : L'Esprit des Plantes
p. 18 : Un pas vers...l'esprit des plantes
p. 19 : L'esprit des plantes ou la théorie des signatures
p. 21 : L'offrande du règne végétal
p. 24 : Publicités
p. 26 : Abonnement
p. 27 : Le Rêve dune femme
p. 28 : Calendrier des 13 lunes de cet automne
TEXTE
Une mort Annoncée
«
Je ne savais pas que lon pouvait vivre, travailler, plaisanter
et être malade de douleur »
Brigitte Giraud « Lamour est surestimé »
Moi
non plus, je ne le savais pas
Avant !
Avant ! Cà fait peur
Tellement peur que çà
devient impossible !
La peur de cette mort là est sans doute assez puissante pour
se
dissoudre dans linconscience.
La peur de cette mort là, la repousse loin, très loin
dans un autre
pays, un autre espace, un autre temps.
Les gens qui ont vécu dans leur chair la mort de cet être
là sont
des extra- terrestres
Comment font-ils, comment supportent-ils
?
Non ! Un enfant, votre enfant ne peut pas disparaître, vous laisser
là les bras ballants, impuissant, inutile à regarder passer
les
jours, les mois, les années sur le calendrier sans que jamais
aucune
minute, aucune seconde ne comble ce vide là !
Ce nest pas normal, ce nest pas naturel, il ne faut pas
y
penser, çà narrivera pas !
Et
pourtant un jour limpossible est annoncé
Un médecin
en
blouse blanche prononce des paroles, il vous dit
non il me dit
des
petits mots très simples !
Des petits mots que jai entendu mille fois, un million de fois
et
même peut être autant de fois quil y a détoiles
dans la
galaxie.
Mais ces petits mots ordinaires étaient assemblés différemment.
Ils
nétaient pas tissés en une chaîne capable
de vous transpercer le
cur aussi sûrement quun coup de poignard.
Séparés, ils étaient innocents, paisibles, banals.
Ce jour là cest bien moi qui suis là dans ce bureau
dhôpital.
Me parle-t-on une autre langue, ou suis-je dans le déni comme
dit
lexpression consacrée
Je suis chaos, sonnée sans même savoir que je le suis !
« Monsieur, Madame, je suis désolée, il ny
a rien que nous ne
puissions faire
Les résultats sont là, cest
trop mal placé,
On ne peut pas intervenir
Aucune chance de gagner ! »
Jentends, mais je ne comprends pas, le sens de ces mots na
aucun
sens !
Elle est là dans la pièce dà coté,
encore toute bronzée,
éclatante du soleil de cet été qui vient de se
finir.
Son corps, ses mains, son sourire
sa bonne humeur qui retentissait
hier encore - malgré ces petits troubles qui nous ont conduit
chez le
médecin sont autant dappels à la vie, autant
de promesses de
devenir, autant de régal pour les yeux et le cur dune
mère !
Moi, sa mère, je naccommode pas, je ne peux pas intégrer
le
décalage, la portée des derniers mots de cet homme en
blouse
blanche « Tumeur au cerveau ».
Je vois cette petite fille, ma fille qui vient de fêter ses huit
ans
entourée de ses frères, cousins et cousines dans lallégresse
insouciante dune famille qui partage des moments simples du
quotidien !
Le monsieur sagite, il prend un air grave, il explique, il
commente, continue daligner des mots et je reste debout sans voix,
sans sentiment. Mon mari est à coté, son père,
mais je ne
lentends pas, je ne le capte pas, je suis seule. Je ne pleure
même
pas. Pour pleurer il faudrait identifier la douleur, il faudrait que
le cerveau (justement) reçoive des informations, les reconnaisse,
sache les interpréter comme un événement triste
!
Là, çà ne peut pas être triste. Pas encore
! Là pour linstant
cest encore impossible. Je ne suis pas une extra-terrestre moi
!
Je ne suis pas un être exceptionnel. Je ne suis quune femme,
une
maman, un peu fatiguée, un peu inquiète parce que sa petite
fille
a beaucoup vomi.
Sans lavoir décidé, je retarde le moment où
je vais comprendre
lincompréhensible, où je vais accepter linacceptable.
Je retarde le moment où je me réaliserais si petite si
désemparée
devant la Vie qui donne et qui reprend. La Vie qui me rappelle
quelle porte la Mort en son sein, quelle ne se distingue
pas
dElle !
Plus tard, beaucoup plus tard, je saurais que tous les drames de le
terre ne sont en fait que le fruit de la Vie.
Pour linstant je résiste ! Je ne résiste même
pas, ce serait
agir !
Je suis tout entière une résistance. Mon corps, ma tête,
mon cur
ne sont plus reliés, ils flottent séparés dans
des espaces
différents.
Tiens çà y est
! Je deviens une extra-terrestre
!
Sur terre, sur la planète que jhabitais avant, les corps
nétaient pas des automates privés démotions,
prononçant des
mots par habitude, sans substance !
Les gens ne sont pas des clones, ils ont des désirs, des petits
ou
des grands tracas, ils se touchent, saiment, se détestent,
se
sourient, se mettent en colère
pour de vrai !
Et moi où suis-je ? Où est ma fille ? Ah oui, elle est
là, je suis
sa mère !
Il faut prendre soin delle, lui donner à manger, jouer
avec elle,
lui raconter des histoires, lui donner des médicaments, lui dire
quelle doit rester dans cet hôpital, lui expliquer quil
faut
être patient !
Patiente, elle est devenue la patiente de tout ce personnel, mais de
quelle patience pourrait-on parler à une petite fille de huit
ans qui
va mourir !
Voilà je triche avec elle, avec moi même, je me tais, je
ne veux pas
entendre de questions auxquelles je ne sais pas répondre !
A qui demander ?
Qui aurait pu mexpliquer, je ne suis pas prête et aurais-je
pu
lêtre à répondre à cette question «
Dis Maman, est-ce que je
vais mourir ? »
Jai dit Non, jai éludé, jai parlé
dautre chose !
Pourtant bien plus tard jai su que jaurais voulu pouvoir
lui
répondre :
« Oui ma fille tu vas partir ailleurs, un ailleurs que je connais
pas, où je ne peux pas taccompagner, jai peur, tellement
peur,
je ne peux pas te retenir, je ne peux pas te protéger, je ne
peux pas
te sauver. »
Et aussi jaurais voulu pouvoir lui demander :
« Et toi est-ce que tu as peur ? Est-ce que tu veux men
parler ?
Est-ce que tu voudrais pleurer ou crier ou quoi dautre
? »
Et jaurais voulu la prendre dans mes bras avec cette conscience
là, accueillir cette mort, sa mort, avec son corps dans mes bras,
avec sa tête dans mon cou, avec ma bouche sur sa joue.
Mais je navais pas la force, la conscience, la maturité
Je
nai rien trouvé dautre que le silence, la concentration
sur de
toutes petites actions pour essayer de conserver un peu de cette vie
qui se séchappait. Lui chanter une chanson, lui acheter
des
jouets, accepter une radio-thérapie dont on mavait pourtant
annoncé quelle était inutile, chercher un peu de
confort pour elle.
Et puis de temps en temps me laisser entraîner par la famille,
les
autres qui me disaient que javais besoin de repos, de me changer
les idées.
Oui le corps peut vivre, travailler, la bouche peut même
plaisanter
..ignorant le cur qui est malade de douleur,
et ce
nest finalement pas réservé aux extra-terrestres
!
Nicolle
Bensusan
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